Superéthanol E85 : 5 choses à savoir sur le moins cher des carburants | LesEchos

25 janvier 2022

Ce biocarburant, qui dispose d'une fiscalité plus avantageuse, est de plus en plus plébiscité par les automobilistes, surtout en cette période de flambée des prix à la pompe. Sa consommation est encouragée par le gouvernement en raison de ses caractéristiques écologiques. Décryptage.

 

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Par Hayat Gazzane

Le Superéthanol E85 a la cote auprès des automobilistes. Chaque année, ils sont de plus en plus nombreux à utiliser ce carburant moins coûteux que ses concurrents. Selon les derniers chiffres dévoilés ce mardi par La collective du bioéthanol, qui représente la filière, la consommation de E85 a bondi de 33 % en 2021. Un engouement, porté par la flambée actuelle des prix à la pompe , qui profite aussi aux installateurs de boîtiers de conversion et aux constructeurs automobiles qui surfent sur la vague. Explications.

1. Qu'est-ce que le superéthanol E85 ?

Il s'agit d'un agrocarburant de type essence qui contient 60 à 85 % de bioéthanol, issu de la fermentation des sucres contenus dans les betteraves à sucre et les céréales (maïs et blé fourrager), le reste étant composé d'essence Sans Plomb 95. Il a fait son apparition en France en 2006. « Le bioéthanol est à ce jour la seule énergie renouvelable immédiatement disponible pour remplacer partiellement l'essence », souligne La collective du bioéthanol .

Soucieux de faire taire les critiques dénonçant les effets pervers de la substitution des terres agricoles, les professionnels du secteur assurent que seule 1 % de la surface agricole utile française est utilisée pour produire des betteraves et des céréales pour le bioéthanol. Au total, 50.000 agriculteurs contribuent à la production française, évaluée à environ 12 millions d'hectolitres par an, soit le quart de la production européenne.

2. Quel est son prix à la pompe ?

Le E85 est à ce jour le carburant le moins cher à la pompe. Selon les dernières statistiques hebdomadaires du ministère de l'Ecologie, il se vend, en ce mois de janvier, en moyenne à 0,75 euro le litre. A titre de comparaison, le Sans-Plomb 95 vaut 1,72 euro le litre et le gazole, qui reste le plus utilisé par les automobilistes, est vendu à 1,65 euro. Le E85 a vu son prix grimper de 9 % en moyenne sur un an, quand les autres carburants affichent une hausse comprise entre 21 et 26 %.

Cet écart de prix important avec les autres carburants, principal argument qui séduit les automobilistes, s'explique par la fiscalité avantageuse appliquée au E85 en raison de ses avantages écologiques. « Le ​bioéthanol participe activement à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les transports », explique La collective. « Produit en Europe, il permet de réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre de 72 % en moyenne par rapport à l'essence. Produit en France, il permet d'éviter 1 million de tonnes de CO2 par an, soit l'équivalent de 500.000 voitures sans émissions de CO2 », selon ses défenseurs.

3. Toutes les voitures peuvent-elles rouler avec le E85 ?

Non. Le E85 s'utilise uniquement avec les voitures essence compatibles. Il s'agit tout d'abord des véhicules dits flexfuel d'origine. Flairant le bon filon, certains constructeurs ont investi ce marché du E85 il y a quelques années. C'est le cas de l'américain Ford qui propose pas moins de six modèles de véhicules E85 d'origine (Fiesta, Puma, Focus mHEV, Kuga PHEV, Fiesta Van et Transit Connect). Des modèles qui viennent s'ajouter aux trois proposés par Jaguar Land Rover (E-PACE, Discovery Sport et Range Rover Evoque). La plupart des autres constructeurs, notamment les français, préfèrent parier sur les motorisations hybrides ou électriques.

Les autres voitures essence ont aussi la possibilité de rouler au superéthanol à condition d'être équipées d'un boîtier de conversion homologué par l'Etat et installé par un garagiste agréé. L'installation de ces boîtiers coûte en moyenne 1.000 euros et permet de rouler indifféremment au SP95, SP98, SP95-E10 ou E85. « Il est possible de mélanger, dans le même réservoir, le Superéthanol-E85 avec n'importe quelle essence et dans n'importe quelle proportion », expliquent les fabricants.

Depuis la publication d'un arrêté en mars 2021, la plupart des voitures essence immatriculées depuis le 1er janvier 2001, si elles sont compatibles avec le SP95-E10, peuvent être équipées d'un boîtier E85 homologué par l'Etat. Soit un potentiel de 10 millions de voitures en France. A noter qu'a ce stade, quatre fabricants de boîtiers E85 ont reçu au moins une homologation : FlexFuel Energy Development, leader du secteur dans l'Hexagone, Biomotors, Borel et eFlexFuel Technology.

Plusieurs régions proposent d'ailleurs des coups de pouce financiers pour encourager leur installation, à l'image de la région Grand Est . Résultat : le nombre de boîtiers de conversion homologués installés explose. Il a atteint 30.000 en 2021, soit deux fois plus qu'en 2020.

4. Les avantages économiques sont-ils concrets ?

Oui, assurent les adeptes du E85. « Pour un kilométrage annuel de 13.000 km, c'est plus de 600 euros d'économies chaque année en faisant le choix du Superéthanol-E85 », affirme La collective. Et ce, malgré un écart de consommation par rapport au SP95-E10 de l'ordre de 25 %. « Cette surconsommation dépend du véhicule et de la conduite », tranche la filière.

Des avantages sont également accordés au moment de la délivrance de la carte grise. Pour un véhicule flex-E85 d'origine, elle est gratuite dans toutes les régions métropolitaines (sauf la Bretagne et le Centre-Val de Loire, où elle est à moitié prix). Pour les voitures équipées d'un boîtier E85 homologué, une réduction est accordée jusqu'à 750 euros. A noter également, pour les entreprises, la déductibilité à 80 % de la TVA pour le E85, comme pour le gazole.

5. Où peut-on se procurer du E85 ?

Il est plus compliqué de trouver des stations-service proposant du E85 que n'importe quel autre carburant. A ce jour, seulement un tiers des stations en proposent, ce qui équivaut à 2.725 points de vente dans toute la France.

Mais ce nombre tend à augmenter. L'an dernier, 420 stations supplémentaires sont venues s'ajouter à la liste (soit + 18 % sur un an), souligne La collective du bioéthanol.

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