Econome, en croissance… le super bon plan du superéthanol E85

Ce carburant est environ deux fois moins cher que le SP95. De quoi réaliser de sérieuses économies. Pas étonnant que sa consommation explose.

 L’installation d’un boîtier E85 coûte entre 700 et 1 600 € selon les modèles de véhicules.
L’installation d’un boîtier E85 coûte entre 700 et 1 600 € selon les modèles de véhicules.  LP/Yann Foreix

Par Erwan BenezetLe 19 août 2019 à 19h02, modifié le 20 août 2019 à 13h17

Et si c’était LA réponse tant attendue à la défense du pouvoir d’achat et aux contraintes environnementales? Le Superéthanol E85, carburant économe et moins polluant, fait sa révolution, s’imposant lentement mais sûrement dans nos stations-service comme dans les réservoirs de nos voitures. Alors que le SP95 s’affiche en moyenne à 1,49 € le litre, l’E85 coûte deux fois mois cher, autour de 68 centimes d’euros. Et jusqu’à 50 centimes dans certaines stations de la grande distribution pratiquant des offres d’appel à prix coûtant. De quoi faire un plein de 70 litres pour moins de 40 €.

Si l’utilisation du Bioéthanol (alcool produit à base de plantes) dans les moteurs est presque aussi ancienne que l’automobile (la mythique Ford T, produite entre 1908 et 1927 roulait à l’éthanol), le Superéthanol E85 (85 % de bioéthanol et 15 % d’essence) n’a fait son apparition dans les stations-service françaises qu’en 2007. Le sans-plomb (SP) 95 E10, contenant 10 % d’éthanol (pouvant être utilisé dans la quasi-totalité des véhicules d’après 2000) arrive, lui, deux ans plus tard, en 2009.

Une nouvelle pompe créée chaque jour

Mais les débuts sont poussifs. « À l’époque, très peu de stations, moins de 300, proposaient l’E85, se souvient Nicolas Kurtsoglou, responsable Carburants au Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA). En revanche, une vingtaine de modèles essences susceptibles de fonctionner avec ce carburant étaient commercialisés. » Malheureusement la tendance s’est inversée. Alors que de plus en plus de stations le proposaient, les constructeurs eux ont réduit leurs offres, jusqu’à ne plus commercialiser aucun modèle « flexfuel » (fonctionnant à l’essence ou au Superéthanol), que l’on ne trouvait plus que sur le marché de l’occasion.

Aujourd’hui, les planètes semblent enfin alignées pour permettre à l’E85 de trouver sa juste place face aux autres carburants. Un arrêté publié le 15 décembre 2017 a permis l’homologation des boîtiers que l’on installe sur les moteurs essence, donnant ainsi le top départ à une vraie démocratisation de son utilisation. Des régions, départements et même certaines communes proposent des aides pour leur installation. Et plus de 1 400 stations-service, soit 15 % du parc, sont désormais dotées de pistolets E85. Une nouvelle pompe est créée chaque jour.

Recul du diesel, flambée des prix à la pompe, normes environnementales toujours plus drastiques et surtout naissance du mouvement des Gilets jaunes à l’automne dernier contre l’augmentation de la taxe carbone appliquée aux carburants… Il n’en fallait plus pour que ce carburant, jusque-là cantonné au bon filon qu’on s’échange entre connaisseurs ou gros rouleurs, séduise à son tour le grand public.

Un seul modèle en vente

« Sa croissance est exponentielle, confirme encore Nicolas Kurtsoglou. + 85 % sur les douze derniers mois, qui faisaient déjà suite aux + 55 % des douze mois précédents. » Résultat : 33 000 automobiles vendues d’origines avec la bicarburation « Superéthanol ou essence » circulent sur nos routes. Auxquelles s’ajoutent 70 000 autres, équipées a posteriori (via un installateur agréé) d’un boîtier permettant la conversion.

Le début d’une révolution ? Possible. En 2020, les constructeurs automobiles devront se conformer à de nouveaux niveaux d’émissions de CO2, au risque de devoir payer des pénalités pouvant atteindre pour chacun d’entre eux plusieurs milliards d’euros. Or au mois de juillet, une nouvelle réglementation européenne intègre plus justement le bilan carbone des moteurs flexfuel.

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Les constructeurs ont donc tout intérêt à lancer à nouveau des modèles intégrant les deux carburants essence et superéthanol. Premier à retenter l’aventure : l’Américain Ford, qui fait actuellement un carton avec une version flexfuel de son SUV Kuga (70 % des ventes du modèle). Selon nos informations, d’autres concurrents comptent à leur tour faire des annonces d’ici la rentrée.

Econome, en croissance... le super bon plan du superéthanol E85

Un investissement rentable en moins de deux ans

Le calcul est relativement simple. Il a été réalisé par la filière française du bioéthanol, créée en 2006 pour en faire la promotion. Elle rassemble « tous les acteurs impliqués dans la production, la distribution ou l’utilisation du bioéthanol en France ». Soit : les planteurs de betteraves, les producteurs de céréales, les producteurs d’éthanol, les constructeurs automobiles et les distributeurs de carburant. D’un côté, la dépense liée à l’installation d’un boîtier. Celui-ci est commercialisé par l’un des quatre fabricants agréés : Biomotors, Flexfuel, ARM engineering et Borel.

Erwan Benezet
Le Parisien : http://www.leparisien.fr/economie/econome-ecolo-en-croissance-le-super-bon-plan-du-superethanol-e85-19-08-2019-8135952.php

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