Boitiers E85 : c’est mission séduction

19 mars 2021

Le carburant du pouvoir d'achat

Le superéthanol se présente comme le carburant du pouvoir d’achat. Il a fallu attendre dix ans après son introduction en France pour qu’un arrêté encadre l’installation des boîtiers de conversion.

Aujourd’hui, le principal objectif des fabricants et installateurs est de redorer l’image de l’E85.

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La revanche du superéthanol : un nom de film qui sonne bien. Mais de la fiction à la réalité, il n’y a qu’un pas. A voir les chiffres du marché et à entendre les discours des acteurs de ce business, la situation pourrait évoluer favorablement pour ce carburant renouvelable destiné aux moteurs à essence, bon marché (0,65 € le litre), qui se veut écologique, puisque produit à partir de betteraves et de céréales, et qui a longtemps été boudé en France. Le superéthanol E85, appelé communément bioéthanol, du nom du liquide qui le compose majoritairement (voir l’infographie ci-contre), a été largement plébiscité en 2019, son année la plus faste depuis son apparition en France en 2007. Ainsi, le réseau de distribution s’est massivement développé pour atteindre 2 058 stations-service. Une sur cinq distribue ce carburant sur le territoire national, soit 23% des 11 000 stations. De fait, la consommation annuelle a crû de 85%, avec près de 340 millions de litres, contre 183 millions en 2018.

Des pompes qui s'ouvrent

Cette année, malgré la crise sanitaire, mars, avril, mai et juin ont enregistré des hausses remarquables de consommation, un record a même été battu en juillet (38 075 m3 consommés). « La consommation continue d’accélérer fortement, nous restons sur une tendance positive de + 21% en septembre et nous devrions boucler 2020 en hausse de 10 à 15%, contrairement au marché de l’essence, qui va fléchir d’environ 10%, indique Nicolas Kurtsoglou, ingénieur responsable carburants au Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA). Le nombre de stations distribuant le produit est important aussi à souligner, près de 600 sites ont ouvert des pompes en à peine un an. »

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Si la part de l’E85 grandit, c’est grâce à une série d’homologations survenue tardivement. C’est en effet seulement en 2017 qu’un premier arrêté a permis de cadrer davantage l’activitéen définissant la procédure d’homologation des boîtiers de conversion à l’E85. « Le marché a démarré doucement, il est resté végétatif et confidentiel pendant dix ans, souligne Alexis Landrieu, directeur du fabricant Biomotors. Personne n’a réussi à se coordonner. Le consommateur n’y voyait pas très clair. A partir de 2015, l’objectif a été de rassembler tous les acteurs de la chaîne de valeur, des pétroliers au gouvernement, en passant par les fournisseurs, producteurs et constructeurs, pour comprendre la situation et faire en sorte que le bioéthanol soit compris et reconnu du consommateur. »

Des boîtes "vides"

L’arrêté ministériel a permis de légiférer la reconnaissance du bienfondé du carburant, la réglementation de la pose des boîtiers E85 par des installateurs agréés et la catégorisation des véhicules roulant au bioéthanol, carte grise à l’appui. Tous les véhicules à essence jusqu’à 14 CV, même hybrides, peuvent être équipés depuis cette année« Sans réglementation, beaucoup vendaient des “boîtes vides”, sans bioéthanol, ce qui a créé un vent de panique, ajoute le directeur de Biomotors. Les consommateurs ont longtemps pensé que le carburant cassait le moteur. Ces homologations étaient primordiales pour montrer que tout est désormais fait dans les règles. Elles ont rassuré le marché. »

Biomotors a conçu BioFlex Connect, un système connecté qui analyse en temps réel la teneur en éthanol dans le réservoir du véhicule.

Grâce à cette reconnaissance, le secteur est en ordre de marche, selon Sébastien Le Pollès, président de FlexFuel Energy Development, les automobilistes vont pouvoir bénéficier de tous les avantages du super­éthanol : « Tout le monde peut désormais être sensible aux bienfaits du bioéthanol. C’est une économie de 50 % sur un plein de carburant dès le premier mois d’installation d’un boîtier E85. C’est aussi écologique, puisque le produit permet de réduire de 70% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à l’essence fossile. » Deux bons points écoresponsables utiles en cette période. Tous les feux sont donc au vert pour conquérir le maximum de Français.

Business additionnel

Quatre opérateurs se partagent le marché de l’installation de boîtiers E85 en France : Flexfuel et Biomotors, les deux principaux fabricants, et deux plus petites entreprises, ARM et Borel. Le premier se revendique pionnier, avec plus de 50 000 boîtiers installés en treize ans d’existence. Lui aussi a bénéficié du coup de pouce des homologations, passant, par exemple, de 5 000 unités vendues en 2018 à 14 000 en 2019. Il s’appuie sur un réseau de 2 300 garages et centres-autos partenaires installateurs agréés. « C’est un partenariat gagnant entre les grandes enseignes ou petits garages indépendants et nous. Eux développent un business additionnel, conquièrent et fidélisent une nouvelle clientèle. Notre enseigne accroît son maillage et sa visibilité », affirme le patron Sébastien Le Pollès, qui compte bien doubler la production et ses ventes mensuelles d’ici à la fin de 2021, soit une cadence de 2 400 unités par mois. « Il n’y a plus aucun frein à l’achat. Les produits sont garantis, installés par des professionnels formés, homologués par les constructeurs, et le prix du plein divisé par deux impacte positivement le budget des ménages », résume-t-il.

Séduire de nouveaux partenaires

De son côté, Alexis Andrieu, directeur général de Biomotors, compte 600 installateurs en France et produit 1 500 boîtiers par mois environ. Avec toutes ses homologations, il dit couvrir 92% du parc roulant. Pour doubler la distribution de ses boîtiers, le fabricant doit séduire 700 garages partenaires supplémentaires en 2021. Il a lancé BioFlex Connect, soit un capteur de carburant flexfuel connecté par Bluetooth à l’application Biomotors, qui permet d’analyser en temps réel la teneur en éthanol dans le réservoir du véhicule. L’application permet aussi à l’automobiliste de visualiser ses économies de carburant. « Le boîtier connecté est une première sur le marché, avance Alexis Andrieu. Pour rester visibles, nous misons sur notre avance technologique, c’est aussi ça qui fait que les garages nous suivent. Nous devons réparer le mal causé par les appréhensions qui se sont installées pendant dix ans de commercialisation non réglementée. Nous devons en faire la meilleure promotion. »

Indépendamment de la visibilité, qui passe aussi par le développement du réseau de stations-service, le discours des deux dirigeants donne à penser qu’il est temps de valoriser le superéthanol. Le produit gagne manifestement à être connu, d’ailleurs, le secteur automobile au sens large s’anime sur le sujet. Ainsi, Speedy (lire ci-dessous) a proposé à ses clients d’installer un kit de conversion gratuitement afin qu’ils le testent pendant un mois. En parallèle de cette initiative privée, la région Grand Est a lancé une opération de promotion, en proposant à mille ménages de bénéficier d’une aide financière pour l’installation d’un boîtier E85 sur leur véhicule. Les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Hauts-de-France lui ont emboîté le pas il y a peu.

Alexis Landrieu (Biomotors)
Alexis Landrieu (Biomotors)

« Nous vendons un produit et un service qui font sourire le client à la pompe, c’est rare, donc autant le faire-savoir, souligne Alexis Landrieu (Biomotors). Notre métier est enfin reconnu, nous avons gagné, mais nous avons encore beaucoup de travail sur la réassurance du produit. » « Une communication est en train de se mettre en placeindique Nicolas Kurtsoglou (SNPAA). La demande est là, la voie est parfaitement ouverte. Même les constructeurs veulent leur part du gâteau en commercialisant davantage de modèles à essence flexfuel d’origine, comme Ford. Nous sommes d’ailleurs en discussion avec tous pour qu’ils en proposent encore plus. » Le superéthanol E85 peut trouver une meilleure place dans le panel des carburants dits « propres » qui s’offrent aux automobilistes et davantage contribuer à la mixité du parc roulant français. Donc à sa dépollution.

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